mardi 6 mai 2014

Benoit Hamon seul face à la réforme des rythmes scolaires




Les assouplissements prévus par le ministre sont loin de faire l’unanimité. Déjà le numéro 2 du ministère de l’Education l’a laissé tomber mercredi dernier, et voilà que le Conseil Supérieur de l’Enseignement vote majoritairement contre son décret, complémentaire du décret Peillon sur les rythmes scolaires.
La seule solution qu’il reste au ministre face à cette réforme inadaptée: l’abrogation !





Une démission qui témoigne d'un désaveu.

Mercredi 30 avril Jean-Paul Delahaye claque la porte du ministère de l'Education Nationale. Le directeur général de l'enseignement scolaire (Dgesco) était pourtant un rouage essentiel de la machine.

Au lendemain du remaniement, Jean-Paul Delahaye avait déjà dit au successeur de Vincent Peillon qu'il partirait en "juin ou juillet 2014" en retraite anticipée, mais Benoît Hamon aurait souhaité qu'il reste un peu plus.

Le directeur général formait un véritable duo avec Vincent Peillon pour qui il tenait toutes les manettes en coulisse. C'est notamment lui qui a façonné la loi de refondation de l'école, c'est lui aussi qui a bâti la réforme des rythmes scolaires.
Il ne peut donc pas cautionner les changements voulus aujourd'hui par le nouveau ministre, selon France Info et Atlantico. Jean-Paul Delahaye a préféré s'en aller en prenant soin d'envoyer un mail d'adieu à ses collaborateurs.


Benoît Hamon a en effet annoncé des aménagements lors de son arrivée au ministère. Un décret complémentaire doit permettre aux communes d'adapter cette réforme. Ce nouveau texte a été présenté lundi devant les syndicats en Conseil supérieur de l'éducation.
Jean-paul Delahaye a préféré partir avant ce Conseil qu’il devait présider, handicapant  franchement le ministre.
En effet, le directeur général de l'enseignement scolaire maîtrisait tous les dossiers et rouages du ministère. Il a travaillé pour Martine Aubry pendant la primaire socialiste, avec Jack Lang et enfin avec Vincent Peillon pendant près d’un an et demi.
Il avait été nommé à la Dgesco le 21 novembre 2012. Inspecteur général de l'éducation nationale, il est titulaire d'un doctorat en sciences de l'éducation. Il a occupé tous les postes du système éducatif, de professeur en collège à inspecteur d'académie dans la Seine-Saint-Denis avant d'être nommé inspecteur général.
Farouche militant de l'école du socle, il aurait aimé faire plus avancer ce dossier durant son passage Rue de Grenelle.

 « Symboliquement, ce départ précipité ne trompe personne » affirme Le Monde.

Homme droit, au service de l'école depuis quarante ans, pédagogue dans l'âme, il vivait sans doute très mal l'idée de devoir présenter devant les partenaires de l'école un texte qui détricote pour partie ses deux années de travail aux côtés de Vincent Peillon. Une évidence, pour qui a fréquenté cet homme d'une extrême rigueur morale. 
Pourtant, l'entourage de Benoit Hamon assure à l'Express que le départ de Jean-Paul Delahaye n'est en rien lié aux amé­na­ge­ments apportés à la réforme, et relève de rai­sons "personnelles".

Le Figaro sou­ligne que le départ de Jean-Paul Delahaye pour­rait être lié à la posi­tion du gou­ver­ne­ment concer­nant les ques­tions éduca­tives. "Jean-Paul Delahaye n'a rien per­son­nel­le­ment contre Hamon. Il en veut sur­tout à François Hollande, qui ne s'est jamais inté­ressé à l'Éduca­tion natio­nale", et qui "consi­dère qu'à par­tir du moment où il a mis 60 000 postes d'enseignants sur la table, il n'est plus ques­tion d'entendre par­ler d'éduca­tion pour le reste du quin­quen­nat", explique l'historien Claude Lelièvre, cité par le quotidien.

Pour Benoît Hamon, c’est encore plus un coup dur, car il n’a pas de solution de rechange. Du jamais-vu Rue de Grenelle. « Cette vacance est une catastrophe du point de vue du fonctionnement du ministère, et un vrai problème politique » selon Le Monde.
Depuis 5 jours, Benoit Hamon est à la recherche d'un nouveau directeur général de l'enseignement scolaire.
Officiellement, la nouvelle est accueillie calmement. "Il sera remplacé dans les jours qui viennent", dit-on au ministère.

Officieusement, la gauche n'a toujours pas reconstitué de vivier de cadres supérieurs capables de tenir des postes clés.
Décidément, la réforme des rythmes scolaires n'est pas sans conséquence rue de Grenelle.


Parents, collectivités et syndicats majoritairement opposé à ces aménagements.

Le Conseil supérieur de l'éducation (CSE) a rejeté, lundi 5 mai, le projet de décret complémentaire sur les rythmes scolaires introduisant des assouplissements pour les communes qui peinent à mettre  en place la semaine de quatre jours et demi dès septembre.
Le texte a recueilli
31 voix contre,
27 abstentions,
et 3 voix pour.

Dans le détail, la FCPE, la FSU, FO, CGT, SUD, le Snalc et la FAGE se sont prononcés contre, selon une source syndicale.
L'UNSA, le SGEN, l'UNL et l'UNEF se sont abstenus,
et la PEEP, la Ligue de l'enseignement et Jeunesse au plein air (JPA) ont voté pour.

UN VOTE NON CONTRAIGNANT POUR LE GOUVERNEMENT

Le gouvernement n’est pas tenu par l’avis de cette instance qui est seulement consultatif. Le décret entrera en vigueur lorsqu’il sera publié au Journal officiel, probablement en fin de semaine.
Ceux qui ont voté contre ont pu le faire pour des raisons opposées, avec chacun sa vision idéale de la réforme, a souligné le ministère, pour qui le texte, fruit de trois semaines et demie de consultations, permettra d’appliquer la réforme partout en septembre. 
Sans surprise, le texte a ensuite été rejeté dans l'après-midi au Comité technique ministériel (CTM), où siègent organisations syndicales et représentants du ministère, avec 
- 10 voix contre (FSU, CGT, Sud, FO), 
- 5 abstentions (Unsa Education, Sgenc-CFDT), 
- aucune voix pour ni refus de vote.

UN PREMIER DÉCRET DÉJÀ REJETÉ

Rappelons que le premier décret sur les rythmes, proposé par Vincent Peillon le 8 janvier 2013, avait été rejeté au CSE, avec 5 voix pour, 30 abstentions, 23 votes contre et 14 refus de votes, sans recueillir aucune voix de syndicats d’enseignants, ni de fédérations de parents. Le premier décret avait également été rejeté par le CTM.

 Face à une telle situation le ministre devrait prendre la mesure qui s’impose

Cette réforme soulève tellement de malaises et de dysfonctionnements que Mr Hamon serait bien sage d’écouter et de « retirer » son décret et celui de son prédécesseur. 

C’est ce que demande dans Libération le Parti de Gauche.

«Hamon coule à pic», «Benoît Hamon est ridiculisé dès sa prise de fonction», estiment les deux responsables du PG, François Cocq, secrétaire général du PG, et Magali Escot, responsable éducation.

 

 «Les cadres et les hommes changent, mais le rejet de la politique gouvernementale s’accentue de jour en jour. Là où Manuel Valls subissait un vote de confiance conditionnelle, Benoît Hamon se heurte à un vote de défiance certaine. (...) Benoît Hamon apprend à ses dépens qu’à vouloir territorialiser l’école de la République, il se retrouve dans un no man’s land», estiment-ils.



Loin des débats partisans, 
les Gilets Jaunes rejoignent tout de même cette position  
et revendiquent plus que jamais l’abrogation de ces décrets 
afin qu’ait lieu une réelle concertation.

"Combat du coeur"

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